Résidence mutation #1 Cyrus Cornut

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Une ville, une résidence
Montpellier

Transit invite le photographe Cyrus Cornut en résidence de création.

Parce que les villes et leurs périphéries sont des territoires en mutation permanente, des paysages vivants et pluriels, des décors de fiction remplis d’imaginaire, Transit souhaite inviter des auteurs et des autrices à porter leurs regards sur celles qui les entourent.

Premier invité de ce temps de création, le photographe Cyrus Cornut photographie la Ville de Montpellier durant l’année 2019, il en apporte sa vision personnelle et esthétique pour donner lieu à une création originale, Le Refuge.

Réalisé avec le soutien de la Ville de Montpellier et de la Région Occitanie.

En partenariat avec Les Boutographies – Rencontres photographiques de Montpellier

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Bio Cyrus Cornut

Architecte de formation, et ayant suivit des études de Biologie à Paris VI, il exerce aujourd’hui en tant que photographe. Son travail s’oriente sur la ville, sa plastique et ses évolutions, ses traces, ses vides, et sur les comportements humains qu’elle induit.

 

En 2006, son travail sur les villes chinoises est exposé aux Rencontres de la photographie d’Arles sous la direction artistique de Raymond Depardon.
En 2010, avec le groupe France14, il expose «Voyage en périphérie», travail sur les paysages de logements de masses en Île de France. Ce travail ainsi que les précédents ont été exposés en France (Rencontres d’Arles, BNF Mitterrand à Paris, Arsenal de Metz..) et à l’étranger (Chine , Singapour, Australie…)
A partir de 2011 ses recherches s’orientent également sur la place du végétal dans le paysage urbain, mais aussi vers le paysage rural. De sa collaboration avec Nicolas Cornut né la série “Le voyage d’Alberstein”. Ce travail tente la synthèse entre différents questionnements sur l’humain, son environnement naturel, planifié ou relationnel et le cadre temporel dans lequel il évolue.

www.cyruscornut.com

Les rendez-vous

En 2021

* Du 19 au 30 mai 2021

Exposition Espace Saint-Ravy dans le cadre du festival Les Boutographies – Rencontres photographiques de Montpellier

 

En 2020

* Du 4 juillet au 20 septembre 2020

Exposition aux Promenades photographiques de Vendôme dans le jardin du Plessis Sasnières dans le cadre de l’exposition “Les Végétales”

En 2019

* Vendredi 10 mai 2019 – 19h
Espace Transit
3 rue Ranchin, Montpellier

Rencontre avec le photographe Cyrus Cornut
Lancement de la résidence de création – Mutation #1

* Samedi 11 mai 2019- 20h
Halle Tropisme
121 Rue Fontcouverte, Montpellier

Projection de son projet – Chongqing, sur les quatre rives du temps qui passe
Dans le cadre de la programmation initiée par les Boutographies – Rencontres photographiques de Montpellier

 

Le Refuge

Histoire d’une disparition

Officiellement, ils n’existent pas. Ce sont des non-lieux. Journaliste, écrivain, Philippe Vasset a parcouru cinquante zones blanches de la carte de Paris n° 2314 OT de l’IGN afin de découvrir ce que cachaient ces espaces liminaux, trop périphériques ou trop marginaux pour être dignes de représentation. En leur donnant des couleurs, des odeurs, des formes, une existence, il a comblé une absence. Son ouvrage fascinant, Un livre blanc¹, m’a inspiré une exploration photographique. Lors d’une résidence artistique portant sur le territoire de l’agglomération de Montpellier, je suis parti à la recherche, non pas des « vides », mais des refuges de « vies » menacées de disparition.

En étudiant les cartes locales, à la recherche de mon sujet, j’ai été attiré par une ligne bleue, courte, fine. Un fil. Il sera mon refuge, pour moi qui travaille habituellement sur la ville, le béton, la condition urbaine. Le Lez est le second plus petit fleuve de France. Une trentaine de kilomètres à peine. Prenant sa source à Saint-Clément-de-Rivière, dans l’Hérault, il traverse neuf communes du territoire avant de se jeter dans la mer Méditerranée, à Palavas-les-Flots. Les épisodes cévenols le mettent en crue. Caractériel, son lit s’évade, se transforme.

Pompé pour des usages agricoles et industriels, souillé par les activités humaines, il a vu au fil des siècles son écosystème se dégrader. À l’été 2020, suite à la mort suspecte d’un chien, la pêche et les sports nautiques y ont été interdits.

Sous le tracé sinueux de la carte, le Lez se révèle aussi être l’unique lieu de la planète à abriter le «Cottus Petiti », ou Chabot-du-Lez, ou. Long de 3,5 à 6 cm adulte, coupé du monde, ce petit poisson ne peut vivre que dans les eaux propres et froides des deux premiers kilomètres du fleuve, près de sa source. Une mobilisation locale a permis une interdiction d’accès à certaines zones du fleuve. Mais le « Cottus Petiti » reste en voie d’extinction.

« Le poète laisse des traces de son passage, non des preuves », écrivait René Char. Quand on l’observe longtemps, perdu dans ses méandres, le Lez offre la poésie d’un monde que nous ne voyons plus. Pour la partager, en révéler les traces, j’ai remonté, puis redescendu son cours, photographié son embouchure, sa source, ses berges, ses ponts… pour tenter d’y saisir l’évolution de ses paysages, la rencontre entre la rivière et la ville, entre l’eau et le bâti, le sauvage et le maîtrisé, le végétal et le minéral. Ces images mêlent la main menaçante de l’homme et la beauté d’une rivière, d’un dernier refuge.

Capter, puis restituer. Quand est venu le travail de tirage, j’ai écumé les magasins de beaux-arts à la recherche d’un papier qui raconterait lui aussi une histoire. Les photographies présentées ici sont des tirages pigmentaires sur Lokta, un papier fait main avec les fibres d’un arbuste, le Daphne Papyracea, ou Lokta qui pousse sur les hauteurs du Népal. Son irrégularité et ses aspérités le rendent très capricieux et son impression est laborieuse. Sa teinte se situe dans celle des variations saisonnières du végétal et des sols. Elle évoluera de manière aléatoire avec le temps, permettant à l’image elle-même d’incarner les mutations de ce refuge.

Cyrus Cornut

1. édition Fayard, 2007

Ce travail est le fruit d’une résidence de création commanditée par Transit photographies grâce au soutien de la ville de Montpellier et de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée et ne partenariat avec Les Boutographies – Rencontres Photographiques de Montpellier.